vendredi, 18 mars 2011
Libye: "Maintenant que la résolution est approuvée, il faut aller vite", défend Bernard Lehideux

Bernard Lehideux, responsable de la Défense au Shadow cabinet et ancien député européen, explique le contenu de la résolution adoptée par le Conseil de sécurité, jeudi 17 mars, en faveur d'une intervention en Libye.
Soulagé que la communauté internationale se décide enfin à agir, il analyse le rôle qu'occupera la France dans les semaines à venir.
Quelle est votre réaction suite à l'adoption d'une résolution par le Conseil de sécurité ?
Bernard Lehideux : "Un profond soulagement ! Depuis plusieurs jours, le Mouvement Démocrate demandait à la communauté internationale de réagir, pour ne pas laisser le peuple libyen seul face aux troupes du colonel Kadhafi. Car c'est avant tout aux Libyens qui sont sur le terrain qu'il faut penser. Confrontés à une situation particulièrement difficile, ils appelaient au secours. Ils ont enfin été entendus."
Concrètement, que prévoit ce texte ?
"Le Conseil de sécurité a accepté la mise en place d'une zone de non survol au-dessus du territoire libyen. Les troupes des pays membres de l'ONU sont désormais autorisées à attaquer tout avion qui dérogerait à cette règle, mais également les batteries anti-aériennes et les bâtiments de commandement de l'armée de l'air libyenne. Ces opérations militaires sont accomplies sous mandat internationale, et sont non seulement autorisées mais même souhaitées par l'ONU.
La résolution prévoit aussi la création de zones de protection des civils. Nos troupes pourront par exemple protéger la population de Bengazhi en bombardant si nécessaire les colonnes de chars ou l'infanterie qui seraient envoyées par Muammar Kadhafi. Enfin, nous réaliserons un embargo maritime qui évitera tout débarquement d'armes ou de mercenaires au profit du dictateur.
Pas question en revanche d'avoir recours à une invasion terrestre. Sur le terrain, il va falloir que les Libyens règlent par eux-mêmes le problème."
L'intervention du Gouvernement français fut-elle déterminante pour aboutir à un consensus ?
"Oui. La France a été en première ligne des défenseurs de cette résolution. Nous devons beaucoup à notre refus, il y a quelques années, de participer à la guerre en Irak. Ceci nous a permis de parler et de travailler intelligemment avec les pays arabes. Le calme et le sérieux d’Alain Juppé ont aussi joué leur rôle. C’est d'ailleurs regrettable que Nicolas Sarkozy l'ait un peu oublié au début des négociations."
L'Europe fait quant à elle figure de grande absente...
"Sa gestion de cette crise fut une fois de plus une catastrophe. L'Allemagne s'est abstenue au Conseil de sécurité, certains pays vont participer aux opérations, d’autres pas. Malheureusement, l’Union européenne fait tout pour accréditer la thèse de ceux qui disent qu’elle ne sert à rien. Est-ce que le Président français a utilisé tous les moyens et les méthodes pour obtenir un consensus européen ? Je n’en suis pas convaincu. La soudaineté avec laquelle il a reconnu le Conseil de la libération libyenne n'a pas dû aider. Résultat, la politique européenne de défense n’existe toujours pas, nous nous trouvons séparés des Allemands et liés avec les Anglais qui, sur tous les autres sujets, sont à mes yeux les plus en retard sur la construction européenne..."
Quel rôle tiendra la France dans ces opérations ?
"Elle sera impliquée dans l'ensemble des actions militaires et humanitaires, aux côtés principalement des États-Unis, du Canada et de l'Angleterre. Nous n'avons pas davantage de détails sur les forces engagées, et c'est normal. Dans un monde où l'information circule vite, il est nécessaire de ne pas révéler tous les détails techniques afin de préserver autant que possible la sécurité des soldats français engagés dans cette affaire. Pensons à ces hommes et ces femmes qui s'apprêtent à s'engager dans ce conflit et qui, pour parler franchement, vont risquer leur peau..."
Quelles évolutions positives pouvons-nous espérer ces prochains jours ?
"Nous avons obtenu des mesures de sauvegarde de la population libyenne. Maintenant que la résolution est approuvée, il faut que ça aille vite. Nous ne devons pas laisser Kadhafi continuer à agir. Il parle aujourd'hui d'arrêter son offensive, mais j'attends d'en constater les preuves sur le terrain pour le croire. Il ne faut pas non plus arriver à un statu quo. Si une ligne de cessez-le-feu est définie, nous pouvons craindre une situation à la coréenne qui conduirait à la partition de la Libye. Je ne pense pas que ce soit souhaitable."
21:03 Écrit par MoDem Dugny | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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